2015

 

Sommaire

Frédéric Lagrange, Shawwā et l’industrie phonographique: vers une auto¬nomisation de l’instrumentiste arabe ?

Nidaa Abou Mrad, Réécriture grammaticale générative musicale d’un taqsīm improvisé au violon par Sami Chawa en mode Bayyātī

Tarek Abdallah, L’art égyptien du taqsīm mursal au ‘ūd de Sayyid a-s-Suwaysī à Muḥammad al-Qaṣabgī

Nicolas Royer-Artuso,Improvisation et variation dialectale dans le monde du maqām : Une étude comparative des styles « arabes » et « turcs »

Anis Fariji, L’improvisation et la labilité mélodique comme formes d’expression du sacré : exemple de la récitation du Coran dans le style muǧawwad

Éditorial

Ce numéro reprend à son compte la thématique de la 8e Rencontre Musico­logique Internationale de l’Université Antonine (8RMIUA) (17-18 juin 2015) : « L’art du taqsīm et l’école Sami Chawa [1] (1885-1965) ». Cette rencontre s’est inscrite dans le cadre du cinquantenaire du violoniste syro-égyptien Sami Chawa [2], tenu pour être le pionnier de l’autonomisation de l’art instrumental traditionnel arabe du Mašriq (par rapport à l’art vocal) et de la mise en avant du taqsīm instru­mental. Du reste, la Revue des Traditions Musicales (désignation de ce périodique, condensée à partir de l’ancienne dénomination Revue des Traditions Musicales des Mondes Arabe et Méditerranéen) dédie ce numéro à cette grande figure de la musique d’art arabe ; en même temps qu’à l’art improvisatif du taqsīm. Aussi s’agit-il de mettre en commun dans un esprit pluridisciplinaire des recherches axées sur la pratique de l’improvisation traditionnelle arabe de type cantillatoire à l’époque de la Nahḍa (Renaissance culturelle arabe 1798-1939). Cet examen est à la fois historique et analytique et a pour champ de prédilection les enregistrements (sur disques 78 tours) de taqsīm, réalisés par Chawa et ses confrères instrumentistes égyptiens et levantins.

 

Frédéric Lagrange ouvre ce numéro par un article qui interroge le phénomène de l’émergence d’une musique instrumentale autonome en Égypte au début de l’ère phonographique. Le rôle des maisons de disques y est passé au crible de l’analyse, en même temps que la carrière de Sāmī Shawwā et la triple image que celui-ci a peaufinée de l’instrumentiste de premier plan : l’enfant-prodige, le virtuose et le lettré érudit.

Nidaa Abou Mrad étudie la pratique taqsīmienne de Sami Chawa sous le double angle esthétique et sémiotique. Ainsi est-ce à partir de la mise en exergue de paradigmes métriques poétiques dans l’énonciation musicale du taqsīm que cet article propose une formalisation algébrique linéaire de la grammaire générative (morpho­phonologie et syntaxe) musicale d’un fragment d’un enregistrement réalisé par Chawa.

Tarek Abdallah met en avant l’approche organologique, aux côtés de l’investi­gation des modes de jeu instrumental et de l’analyse sémiotique modale, dans son étude de l’art taqsīmien développé par une autre grande figure instrumentale du début de l’ère discographique égyptienne, le ‘ūdiste Muḥammad al-Qaṣabgī, et ce, en comparaison avec les styles développés par des précurseurs, notamment, Sayyid as-Suwaysī.

Quant à Nicolas Royer-Artuso, il axe son article sur une mise en exergue de la grammaire générative musicale qui est sous-jacente à l’art improvisatif du taqsīm, et ce, dans une perspective pluridisciplinaire, proprement linguistique musicale, et une perspective comparatiste dialectologique qui examine les algorithmes inhérents à l’élaboration musicale dans les traditions artistiques arabe et turque.

Enfin, l’article d’Anis Fariji se démarque des précédents en examinant non pas l’improvisation instrumentale maqāmienne, mais l’un de ses modèles : la cantil­lation coranique. Cette étude prend appui sur le constat esthétique de la labilité mélodique de la récitation, qui est inhérente au caractère absolu du verbe divin, pour proposer l’analyse d’un enregistrement du récitant égyptien Mohammed El- Helbawy.

Nidaa Abou Mrad
Rédacteur en chef


[1] Plusieurs orthographes du prénom et du nom de ce maître – Sāmī al-Shawwā (translittération phonétique), Sāmī Shawwā et Sami Chawa (signature élue par l’intéressé dans le titre français de la méthode de violon publiée par l’intéressé) – sont concomitamment employées dans ce numéro de la RTM.

[2] Ce cinquantenaire a été initié au Liban par l’Université Antonine, l’Université Saint-Esprit de Kaslik et la Foundation for Arab Music Archiving & Research (AMAR), et ce, en collaboration avec l’Université Paris-Sorbonne, l’Institut de Recherche en Musicologie (IReMus, France) et l’Académie Arabe de Musique (Ligue des États Arabes).