2013

 

Sommaire

Jean During, Sous sons et sur-sens. Subtilités du discours musical

Nidaa Abou Mrad et Amer Didi, Le révélateur musicologique d’al-Ḥiṣnī : un précis de grammaire modale transformationnelle du xvie siècle

Nicolas Royer-Artuso, Pour une phonologie comparative des phénomènes de contact des musiques de l’aire du maqām

Ahmad Hamadani, Grieving and Cry-evoking Musical Factors in Iraqi ubūḏiyya whilst Commemorating Al-Imām Al-Ḥusayn

Sasan Fatemi, La musique classique en fête : Le cas du muqâm azerbaïdjanais

Éditorial

Ce numéro, tout comme le précédent, est consacré principalement à la thématique de la 5e rencontre musicologique de l’Université Antonine (juin 2012), intitulée « Sémiotique et psychocognition des monodies modales ». Il comprend quatre articles s’inscrivant dans cette thématique (de même qu’un article hors-thème), ayant pour objet « de faire état d’approches sémiotiques et psychocognitives de la production musicale des traditions monodiques modales, les premières y repérant une énonciation non verbale articulée, susceptible d’être analysée au niveau neutre (ou immanent) en des unités dotées de significativité, les secondes étudiant cette énonciation au niveau poïétique (celui de la production) et au niveau esthésique (celui de la réception), notamment du point de vue perceptif, avec son éventuelle inscription dans une perspective éducationnelle ».

Jean During ouvre ce numéro par un article qui propose de suivre des chemins de réflexion peu fréquentés concernant la signification et la perception du discours musical et qui met en exergue l’interférence à ce double titre d’éléments étrangers au système musical, silences, suspension, dissonances, appogiatures, sous entendus, notes dématérialisées, qui participent à la constitution d’un espace sonore subtil qui s’offre à divers degrés d’herméneutique, notamment de type anagogique.

Inscrivant leur recherche également dans une perspective d’exégèse musicale, Nidaa Abou Mrad et Amer Didi, en décortiquant Le révélateur musicologique, traité inédit écrit au xvie siècle par Muẓaffar al-Ḥiṣnī, mettent en exergue une véritable grammaire transmodale générative qui réduit les énoncés musicaux à une structure fondamentale génotextuelle unique qui se transforme de diverses manières pour donner lieu à une multiplicité de phénotextes modaux.

Quant à l’article de Nicolas Royer-Artuso, il est consacré aux phénomènes phonologiques musicaux de contact qui existent entre des systèmes musicaux différents et entre divers systèmes proches qui se perçoivent en tant que dialectes d’une même langue musicale, correspondant à l’aire du maqām, et ce, en étudiant des processus d’assimilation et d’opposition, en fonction du degré de compatibilité systémique entre les données mises en contact.

Ahmad Hamadani, pour sa part, dédie sa recherche à l’étude de la forme de l’ubūḏiyya, lamentation profane autocentrée, versus déploration religieuse sur le martyr de l’imam Al-Ḥusayn, et propose une analyse sémiotique du processus d’induction ritualisée des pleurs, à partir d’un schéma d’errance au double plan mélodique – à force de clausules suspensives – et rythmique – liée à l’instabilité de la décomposition des pulsations – et d’usage d’effets vocaux sanglotants.

Quant au texte de Sasan Fatemi, qui est proposé en marge du thème de ce numéro, il étudie la relation dialectique qui s’est tissée au cours du siècle passé entre la musique de muqâm d’Azerbaïdjan, catégorisée comme « classique », et le contexte nommément festif – le toy – de sa performance, qui n’est pas usuellement propice à une écoute attentive de la musique, mais qui s’avère s’être adapté pour faire un accueil approprié à cette musique d’art.

Ce numéro 7 est dédié à la mémoire de Wadī‘ a-ṣ-Ṣāfī (1921-2013), grand chanteur traditionnel et compositeur libanais, disparu en 2013, qui s’est inscrit tout au long de sa carrière dans une perspective de renouvellement au sein de la tradition musicale du Levant (rarement en dehors de cette tradition) et qui a perpétué jusqu’au début de ce siècle un art du chant vigoureux et inventif, qui se nourrit d’une ruralité musicale libanaise revivifiée et résolument reterritorialisée.

Nidaa Abou Mrad

Rédacteur en chef