2012

 

Sommaire

Nicolas Meeùs, Dans quelle mesure les monodies modales sont-elles redevables d’une sémiotique ?

Jean Lambert, Le «quanto syllabique» : métrique poétique arabe et rythmique bichrone au Yémen

Nidaa Abou Mrad, La singularité stylistique de ‘Abd al-Hayy Hilmī (1857-1912)

Nidaa Abou Mrad et Toufic Maatouk, Sémiotique modale des chants maronites du Vendredi saint

Bouchra Béchéalany, La perception des unités sémiotiques modales chez des enfants libanais de 8 à 12

Nadjib Chichoune et Fethi Salah, Pour une sémiotique du timbre dans la caractérisation des styles algériens de la musique héritée d’Al-Andalus : proposition d’hypothèses

Nicolas Royer-Artuso, Une approche réaliste du phénomène hétérophonique (Quelque chose dépasse...)

Éditorial

Ce numéro est consacré au sujet central des « 5es rencontres musicologiques de l’Université Antonine (juin 2012) : Sémiotique et psychocognition des monodies modales »1. Il comprend sept articles s’inscrivant dans cette thématique, ayant pour objet « de faire état d’approches sémiotiques et psychocognitives de la production musicale des traditions monodiques modales, les premières y repérant une énonciation non verbale articulée, susceptible d’être analysée au niveau neutre (ou immanent) en des unités dotées de significativité, les secondes étudiant cette énonciation au niveau poïétique (celui de la production) et au niveau esthésique (celui de la réception), notamment du point de vue perceptif, avec son éventuelle inscription dans une perspective éducationnelle ».

Nicolas MEEÙS ouvre ce numéro par l’exposition du sujet, en formulant les conditions théoriques de la sémioticité des musiques modales, notamment, en termes d’articulation de leurs énoncés en unités distinctives, ou hauteurs, et unités formulaires significatives, analytiquement et modalement pertinentes, et ce, en adaptant à ces musiques un arsenal heuristique emprunté à la linguistique structurale, tout en souhaitant échapper au modèle élémentaire du couple signifiant/signifié au profit d’une conception tabulaire du sens du message. Comme en contrepoint à cette sémiotique de la modalité, Jean LAMBERT propose, en guise de contre-sujet, une exploration de la marque cognitive bichrone de la métrique prosodique poétique quantitative arabe sur la trame musicale métrique et rythmique des chants traditionnels yéménites, en forgeant la notion de « quanto syllabique » pour décrire des configurations rythmiques se trouvant aux confins et au-delà de celles que Constantin BRAILOIU dénomme « giusto syllabique » et aksak dans son analyse du chant roumain. En recentrant l’analyse sur le paramètre mélodique, Nidaa ABOU MRAD inscrit sa modélisation du legs du chanteur-improvisateur égyptien ‘Abd al-Ḥayy ḤILMĪ (1857-l4/4/1912) dans une réponse fuguée qui ramène le projet de sémiotique des monodies modales vers une sémiotique modale intrasystémique, axée sur un jeu de lignes d’indicateurs de noyaux sous-jacents et se démarquant (tout en étant complémentaire) d’une sémiotique extrasystémique qui se focalise sur la trame rythmique et détermine le style musical.

Cet auteur et le Père Toufic MAATOUK réexposent le sujet initial en présentant une analyse des chants maronites du Vendredi saint, qui établit un couplage entre le procès sémiotique intrasystémique des lignes grammaticales modales des hymnes syriaques et l’attitude théologique liturgique rédemptioniste et résurrectionniste de la tradition des Pères de l’Église, face à une bémolisation extrasystémique devenant le stigmate doloriste mélodique d’une litanie arabophone paraphrasant la thématique afflictive du Stabat mater. Quant à Bouchra BÉCHÉALANY, elle présente dans un registre perceptif et éducationnel une réponse à cette problématique sémiotique théorique de la signifiance du jeu articulatoire des lignes nucléaires modales, en élaborant un protocole permettant de vérifier l’efficience psychocognitive de ces unités sémiotiques modales et leur aptitude à constituer la charpente psychopédagogique d’une didactique musicale contemporaine ayant pour substrat l’énonciation modale traditionnelle.

Le texte de Nadjib CHICHOUNE et Fethi SALAH sur la sémiotique du timbre propose, en guise de divertissement fugué, de considérer le caractère distinctif du paramètre timbrique, non pas à l’échelle unitaire de l’articulation musicale, mais au plan global, en tant que résultante des marqueurs stylistiques et du jeu hétérophonique des ensembles instrumentaux, eu égard à la caractérisation sociologiquement contextualisée des styles musicaux algériens hérités d’Al-Andalus. Cette hétérophonie se trouve précisément au coeur de la strette finale que constitue l’article de Nicolas ROYER-ARTUSO, qui questionne les approches notionnelles musicologiques usitées de ce phénomène textural, situé aux confins de la monodie et de la polyphonie, en les confrontant à leurs traductions dans le langage des sciences cognitives et en proposant un modèle alternatif prenant en compte par-delà la diversité algorithmique des variantes formulaires in vivo, celle des représentations véhiculées par les musiciens.

S’inscrivant dans un usage adopté pour les numéros 4 et 5, ce numéro 6 est dédié à la mémoire de ‘Abd al-Ḥayy ḤILMĪ, à l’occasion du centenaire duquel la Fondation AMAR (pour l’archivage et la recherche sur les musiques arabes) publie une compilation anthologique de ses enregistrements, objet de l’analyse sémiotique stylistique du troisième article susmentionné.

Enfin et à l’heure où l’édition des périodiques consacrés aux sciences humaines est confrontée à des difficultés sérieuses, la rédaction de la RTMMAM prend acte avec joie de l’engagement de la Librairie Orientaliste Paul Geuthner, aux côtés de l’Université Antonine, en tant que coéditeur de cette revue.

Nidaa Abou Mrad
Rédacteur en chef