2010

 

Sommaire

François Picard, Greniers, malles, genizah : la mise à l'écart dans le processus de transmission traditionnelle

Nidaa Abou Mrad et Bouchra Béchéalany, La transmission musicale traditionnelle en contexte arabe oriental face à la partition et à l’archive sonore

Frédéric Lagrange, Formes improvisées, semi-improvisées et fixées : le disque 78 tours comme source d’information

Tarek Abdallah, L’évolution de l’art du ‘ūd égyptien en solo à l’aune du 78 tours

Séverine Gabry, L’enregistrement des chants coptes. Vers une fossilisation du répertoire ?

Francis Gayte, L’hymne Agni Parthene

(Documents sonores relatifs à certains articles de la RTMMAM 4)

Éditorial

Ce numéro comprend six articles s’inscrivant dans la thématique générale des « 3èmes rencontres musicologiques de l’Université Antonine (juin 2010) : Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission »[1], telle que formulée par François Picard : « Il s’agit de voir les usages des enregistrements, tout particulièrement ceux publiés, à la fois pour la musicologie (étude des musiques), pour la transmission des musiques (les musiques non écrites ne sont plus depuis un siècle des musiques de l’éternel présent ethnologique), et pour l’ethnomusicologie (étude de l’usage des enregistrements) ».

Trois groupes se dessinent parmi ces articles en fonction du champ investigué. Le premier explore le rapport de la transmission à l’enregistrement : François Picard s’intéresse au phénomène de mise à l’écart des enregistrements en contexte ethnologique et leur redécouverte ultérieure, tandis que Nidaa Abou Mrad et Bouchra Béchéalany explorent les virtualités de l’intégration de l’écoute des archives sonores au sein de l’initiation traditionnelle.

Le deuxième groupe propose des analyses centrées sur des 78 tours égyptiens : Frédéric Lagrange étudie d’une manière comparative les stratégies interprétatives et improvisatives relatives à la forme du dōr chez le šayḫ Yūsuf al-Manyalāwī (1847-1911), alors que Tarek Abdallah décrit l’évolution des formes instrumentales, ainsi que l’accordage et les modes de jeu pratiqués par les ‘ūdistes au premier tiers du xxe siècle.

Le champ du troisième groupe est celui des traditions musicales ecclésiastiques : Séverine Gabry propose une approche du rôle des enregistrements de musique copte à travers la comparaison entre plusieurs enregistrements de l’hymne Golgotha, cependant que Francis Gayte retrace la destinée interculturelle sur la toile électronique de l’hymne liturgique orthodoxe Agni Parthene.

Le postlude propose une typologie des métissages inhérents à des enregistrements présentés dans ce numéro, selon l’opposition isotopie/allotopie sémantique.

Ce numéro est dédié à la mémoire de Fawzi Sayeb (1929-2010), décédé le 7 septembre à la Marsa de Tunis : « Le maître secret du ‘ūd, l'arbitre des élégances, Fawzi Sayeb, a donc rejoint le paradis des luthistes. Ses daliniennes moustaches ne frémiront plus aux tremblements du mugam, du maqām ou du radif. Le tarab aura moins de goût, à être moins bien goûté » (François Picard, MusiSorbonne, 14/09/2010).

Ce musicien hors pair a entretenu tout au long de sa vie une relation dialectique avec le support sonore : autodidacte constituant sa syntaxe et son style en autonomie par rapport à la discographie de la Nahḍa, mais homologuant son énonciation sur le tard à l’aune de ce répertoire-modèle traditionnel, généreux en situation initiatique, mais parcimonieux en matière de concerts et de publication discographique, à l’origine du vivier de musiciens cultivant la tradition arabe orientale sur la colline de l’Université Antonine au Liban, m’ayant autrefois transmis son art, tout en constituant, par le biais de ses rares enregistrements publiés, un modèle réactualisé, au yeux de la jeune génération, pour l’improvisation du taqsīm. Aussi cet hommage est-il loin d’être fortuit à l’aune des questionnements de ce numéro.

Paix à son âme.

(In memoriam Fawzi Sayeb)

Nidaa Abou Mrad
Rédacteur en chef